Pour qui construit-on encore l’Eurostadium?

Op 3 februari 2017, over deze onderwerpen: Français

Article comme publié le 3 février 2017 dans 'La Libre'; p52

La plupart des stades de football de notre pays sont vétustes. Il existe donc un réel besoin de stades de football neufs et modernes qui créent localement une dynamique sportive et économique.

La ville de Bruxelles et la Région bruxelloise prévoient de construire un stade de football (62 500 places assises) sur le parking C du Heysel. Ce dernier appartient à la ville mais est situé à Grimbergen (Région flamande) Les initiateurs du projet, le ministre Guy Vanhengel (Open VLD) et l’échevin Alain Courtois (MR), avaient tout d’abord annoncé que le nouveau stade hébergerait le RSCA et les Diables rouges, ainsi qu’une série de compétitions de l’EURO 2020.

Selon eux, le Stade Roi Baudouin (SRB) n’entrait pas en ligne de compte, parce qu’il était impossible de le rénover à cette fin, ce qui fut démenti par la suite par un bureau d’architectes spécialisé. Ils promettent de trouver une solution pour le Mémorial Van Damme. Finalement ils promettent que ce projet ne coûtera rien au contribuable.

Force est de constater qu’il ne reste aujourd’hui, quasiment plus rien de ces promesses.

Mais alors, pour qui construit-on encore l’Eurostadium? 

Certainement pas pour le RSC Anderlecht. Le club n’est pas favorable au stade dans son concept. Ceci avait alors déchainé les foudres du ministre Vanhengel qui a renvoyé son abonnement VIP à Anderlecht.

Encore moins pour l’Union royale belge des Sociétés de Football-Association.  L’URBSFA ne souhaite en effet pas que tous les matchs des Diables rouges soient disputés dans le même stade.

Fort probablement pas non plus pour les fans belges de l’EURO 2020. Des spécialistes affirment qu’il faudrait un miracle pour que le stade soit prêt à l’été 2019, comme l’exige l’UEFA.

Ni pour les amateurs d’athlétisme. L’Eurostadium ne possède pas de piste d’athlétisme. Un stade d’athlétisme d’une capacité de 5000 places assises est prévu dans un coin éloigné de NEO, mais c’est largement insuffisant pour accueillir dignement le Mémorial Van Damme.  Un groupe de travail étudie la possibilité de trouver un site pour le Mémorial. Un troisième stade, donc…

Pas non plus pour les habitants de Grimbergen et des communes avoisinantes. Au-delà de l’infrastructure footballistique (50 000 m²), le plus grand parking souterrain au monde (460 000 m²) y verra le jour, avec grosso modo 470 000 m² dédiés à l’horeca, à des bureaux, entreprises, etc. Pour pouvoir construire l’Eurostadium gratuitement (c’est du moins ce qu’on veut vous faire croire), la possibilité a été offerte à Ghelamco de développer des activités supplémentaires qui génèrent environ 21 000 visiteurs par jour, auxquels s’ajouteront les quelque 30 000 visiteurs de NEO. Selon les chiffres de Tractebel, cela représentera 32 000 mouvements de véhicules supplémentaires par jour sur le ring, et ce sans encore tenir compte de l’affluence liée aux matchs de football, foires ou concerts sur un ring qui est déjà presque constamment saturé

Encore moins pour le contribuable bruxellois, à qui on a promis que le projet ne lui coûterait pas un centime. La facture s’élève d’ores et déjà à environ 300 millions…

Et enfin, pas non plus pour les partisans d’une bonne gouvernance.  Car au-delà des promesses non tenues et des mensonges, il reste un réel flou artistique autour du projet. Des contrats - dans lesquels l’argent du contribuable est en jeu - ne sont pas rendus publics. Le ministre Vanhengel affirme que ni la Région ni la Ville ne se sont portées garantes. Le contrat entre la ville de Bruxelles et Ghelamco stipule toutefois expressément que, même si le RSCA ou une autre équipe ne jouent plus dans le stade, l’indemnisation de la ville à Ghelamco sera maintenue (mais certes réduite jusqu’à 3 millions d’euros par an). Par ailleurs, le projet n’a jamais été présenté dans son intégralité au conseil communal ou au parlement, et a encore moins fait l’objet d’un débat abordant une analyse coûts-bénéfices. Par exemple, cela vaut-il la peine de construire un stade de capacité beaucoup trop grande et qui ne sera utilisé que pour le match d’ouverture de l’Euro, s’il a lieu ?

A qui profite alors le crime ?

Étant donné le désistement du RSCA et de l’URBSFA, le projet d’Eurostadium est passé d’un projet de football à un projet de bureaux. Ceci n’est pas un stade. Mais pour qui ce stade est-il encore construit ?

Avant toute chose pour la ville de Bruxelles, qui va d’ici 30 ans payer 135 millions d’euros à Ghelamco en échange, principalement, de loges, de publicités, de 250 places VIP ainsi que jusqu’à 2000 places assises par match. Les relations publiques, certains parleront de clientélisme, du gouvernement municipal, donc…

Le Palais 12, qui fait partie du Parc des Expositions, a.s.b.l. de la ville présidée par l’échevin Philippe Close, voit ses installations dotées d’un parking moderne et d’une passerelle pour piétons qui lui permettra une plus grande compétitivité face aux salles d’événements privées. Aujourd’hui, le parking C n’est pas attrayant pour les amateurs de concerts…  La crainte que le stade de football ne voie pas le jour ou que les règles européennes en matière de soutien de l’État ou concernant le stade ne mettent des bâtons dans les roues au projet explique qu’un bail emphytéotique distinct ait été conclu pour le parking.

Bien entendu, ce nouveau stade ne manquera pas de faire gonfler l’égo de certains politiques

Si le stade est construit, l’impact sur l’activité économique de la Région sera sans aucun doute positif.  Mais la question est de savoir si cela sera suffisant pour compenser les coûts sociétaux de ce projet. Et si l’économie va pouvoir se remettre de cette catastrophe en termes de mobilité. Une analyse coût-efficacité aurait pu apporter des réponses. Mais bien sûr, à Bruxelles, nul besoin de s’encombrer de ce genre de précaution.

Ghelamco, qui peut exploiter l’un des lieux les plus stratégiques sur le ring pour 1 € par an et ce pendant 99 ans (jusqu’à nos arrière-arrière-petits-enfants), est également gagnant, même s’il doit payer en échange une partie des coûts totaux de construction.

Faut-il accepter l’Eurostadium comme une fatalité ?

Des alternatives existent. Laissons le RSCA faire comme bon lui semble, c’est-à-dire construire son propre stade. Rénovons le Stade Roi Baudouin, qui se situe à deux pas du métro, pour qu’il devienne un temple du sport moderne et contemporain. Ceci serait bien moins cher, bien plus simple et bien plus rapide. Le Mémorial Van Damme serait ainsi également sauvé. Et si nous nous y mettons rapidement, peut-être avons-nous une chance d’être prêts pour l’Euro 2020.

Occasion manquée

Un nouveau stade moderne devrait normalement être une bonne nouvelle. Il est regrettable que ce projet soit entaché par un tel manque de transparence, des opinions mégalomanes, un tel flou et des mensonges. Au bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, j’en conclus que les vrais « faux Bruxellois » ne sont pas ceux qui s’opposent aux magouilles politiques, mais bien ceux qui les cultivent et qui renvoient ensuite la facture au contribuable.

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